Il est tard maintenant

Il est assez tôt pour s’aimer.

Je suis né assez tard pour que demain m’appelle.

Aujourd’hui ainsi soit-il. Demain il est tard.

Les broutilles ne servent qu’aux passades,

Les temps pervers des pensées aux façades.

Le blues est ce recul du sablier

Et la bosse à rouler.

C’est la sagesse qui reste gérontophile,

Demain la jeunesse ne pourra plus.

Le regret s’amoindrit devant l’amour.

On distille des parfums de liesse

Entre étreinte et étouffement,

L’amour reste la valeur.

Il est tard maintenant, les peines perdues,

Les vieilles racines sont perdues.

Le temps s’accroche à la seule constante,

Oui l’amour révèle le majestueux.

Il est assez tôt pour s’aimer.

Je suis né assez tard pour que demain m’appelle.

Aujourd’hui ainsi soit-il. Demain il est tard.

Aime-moi et permets-moi de t’aimer.

Il est tard maintenant.

Vas-tu m’aimer dans la sagesse ?

Demain moins généreux et plus conditionnel !

Soyons puéril maintenant

La seconde d’après est peu rêveuse.

Demain on sera sage,

Alors aime-moi maintenant qu’il commence à faire tard.

Funeste départ

On égrainait ma vie avec hâte, 
Je les apercevais alors en contre-plongée.
Voilà le chêne qui sera bientôt bien enfoui 
Qu’allait-on faire de ma carcasse?
Moi qui gisais près d’un linceul apprêté

A l’orée de ma vie,
S’entassaient mes mensonges,
Il y’avait de la gloire dans leur récit 
À l’autre bout c’était le mystère du non vivant
L’heure du bilan était là,
Elle émerveillait l’assistance,
Une assise à la clairière à palabre,
Le chêne enfouissait ses racines à chaque mensonge,
On égrainait ma vie avec hâte, 
Je les apercevais alors en contre-plongée.
Voilà le chêne qui sera bientôt bien enfoui 
Qu’allait-on faire de ma carcasse?
Moi qui gisais près d’un linceul apprêté
Comme si on attendait impatiemment la sentence, 
Mes mensonges se racontaient,
L’eau était si claire,
La clairière dévisageait l’assistance.
On pouvait désormais voir les mirages s’effacer 
Du haut de ma lévitation j’observais,
La petitesse s’incarnait, se personnifiait.
Une Gora insolite,
Cet agrégat fascinant
Comme l’effet d’une drogue hallucinogène
Mon esprit latent s’étonnait de la clameur de ce bal,
Il bourdonne d’aise à la parole.
Je sentais consumer mes mémoires.
Ce doux parfum ensevelissait mes proches,
La lumière m’appelait, le chemin final.
Mais j’étais curieux d’entendre le vrai,
De voir sincère joie, comme je n’en avais jamais connu.
Je venais de me détacher de cette chair, 
Et dans la béatitude supposé,
Il n’y avait que trouble et aigreur. 
Que pouvais-je?
Je m’éteignais et pour la joie était incandescente,
Si proche et pourtant si loin.
Loin des civilités que me réservait ma stature d’antan,
L’opulence n’avait de bien que l’ornement de ces sourires furieux.
De ces contrés où l’admiration et le mauvais œil se côtoient,
Où posséder rend coupable de talisman.
Pourtant on s’empresse de faire le requiem,
De m’entourer dans de beaux draps,
J’étais dans de beaux draps.
Sur le chemin des champs funéraires,
Les messes basses parlent de ma valeur pécuniaire.
La terre sera légère, bientôt mes poches aussi,
Pendant que je me dirige vers la lumière,
Je laisse ce beau monde avec l’exaltation de l’éphémère…

Funambule

Peu ou prou festif !

Rythme effréné de pieds batteurs,

Empoussiérés  de piétinements galvanisés.

Autant de joies n’eussent vu l’aube,

Si le diacre ne su le garder.

Pas de bouteille sabrée non méritante,

C’est le rythme de l’accomplissement.

Souverain effort de ce maillon fortifié de devoir.

Un diacre pour un sacre.

Le majestueux  révélé du serviteur, cet être populaire.

Furtif révélateur d’une bravoure insoupçonnée.

Voici le subversif enseveli de claps.

Cette colombe à son aise dans la patauge.

Celle  qui indique allégrement la limite par l’audace de sa verve.

Le tumultueux balai nocturne des plumes lancinantes

Eveille aux aurores la mesure de celle-ci :

La Liberté !

 

 

Pleurs

Parce qu’on nous l’a dit,

Parce qu’on est fait ainsi… fier!

Encore une larme,

Espiègle, furtive,

Parce qu’on est fier.

Dans la cachette, dans la pénombre des hommes forts

Des hommes tout court.

Le regard hagard mais le poing serré

Parce qu’on est fier.

Pas de battements de paupières,

Sècheresse ophtalmique,

Faut pas que cette larme ruissèle

Parce qu’on est fier.

La douleur ne grimace pas, la faiblesse oui,

Homme stoïque, un être normal,

Parce qu’on est fait fier.

Parce que la raison est à nous, la force aussi,

Parce qu’on nous l’a dit,

Parce qu’on est fait ainsi… fier!

On peut tenir,

« Parce que les oiseaux se cachent pour mourir »

Les hommes aussi,

Parce qu’on ne peut faiblir,

L’émotion a croisé le roc,

Parce qu’on est fait ainsi,

Oui, on me l’a dit

Parce qu’on est fier.

Pourvu qu’elle m’embrasse.

Elle change mon cœur de marbre quand elle me fixe

Un mouvement trépide et mon regard se fige

Elle change mon cœur de marbre quand elle me fixe

Gigotent encore mes instincts puérils

Oui comme un gamin, en sa présence je m’excite

Pourvu qu’elle m’embrasse parce que moi j’suis timide.

 

Je voudrais un mélange de différences, elle, moi  etcétéra…

Que cette petite femme vaporise mes angoisses, complexes etcétéra…

Qu’elle soit la grande femme de l’adage, soutien, stimuli etcétéra…

Des attentes, Il n’y a d’exhaustif que des suspensions etcétéra…

Pourvu qu’elle m’embrasse, bisous, câlins etcétéra…

 

Je la veux lascive et généreuse

Oublier ma solitude avec cette aimable fougueuse

Puisse-t-elle me rendre heureux

Amour atemporel saupoudré de défis périlleux

Pourvu qu’elle m’embrasse aux dépends des sentiments douteux

 

Promesses de batailles et d’efforts

Le pacte d’hommes courageux et forts

Le pas oscillant mais en avant vers son essor

Le franchir pour le sacre de sa patience et l’amour qu’elle me porte

Pourvu qu’elle m’embrasse à la fin en guise de réconfort

Amour impossible

aussi furtif que tabou, c’était notre secret,

Tu te souviens ?  La première fois c’était au bord de la rivière,

Je ne m’imaginais pas aimer une femme de l’autre côté de la frontière ;

Villages rivaux, histoires fatales, on se lançait dans l’interdit

Tous deux descendants de tribus à jamais en conflit.

Tu étais juste venue remplir ta calebasse d’eau,

Et de l’autre côté je m’attelais j’abreuvais mon troupeau.

On dit que l’œil n’a pas de frein,

Et quand nos regards se sont croisés c’était la descente aux enfers… le déclin !

Voilà qu’on enfantait un amour inespéré,

Aussi furtif que tabou, c’était notre secret,

On  vivait l’instant le matin aux aurores,

On s’est fait la promesse qu’on s’aimerait jusqu’à la mort

Le rendez-vous était pris près de la rivière

On se servait du pâturage comme d’un bouclier contre le réel.

L’histoire perdura jusqu’au jour où quelqu’un s’en aperçu

Le comble ! Pour la première fois nos villages trouvaient un consensus.

Notre amour perçu comme une trahison,

Nous fûmes donc, comme des traitres, condamnés à la mort par pendaison

Rappelle toi ce qu’on s’est promis au bord de la rivière

Je t’aime! Cette phrase, pour nous, sera la dernière.

Dictée dyslexique

L’assemblée n’a ni crayon ni papier…

L’assemblée n’a ni crayon ni papier. Oui parce que personne n’y est suffisamment préparé.  Mais les paroles de cet orateur sanglotant se graveront sur les cœurs de cette foule mal apprêtée, oui parce qu’on n’est jamais prêt.

Alors il tient sa feuille frémissante, il laisse entrevoir son cœur ému. Débout derrière ce pupitre autrefois réservé à l’exaltation de la reconnaissance que lui vaut sa posture sociale, il fixe ses notes. Mot ne sort. Sa bouche n’articule que des onomatopées grelottantes. La foule ne semble pas le presser, on lui laisse le temps de parole, le temps du silence. Les règles sont bien différentes qu’à l’habitude. Le voilà prostré, les bras accrochés sur les périphéries de cet objet qui porte les notes, qui porte son hôte aussi, pour cette fois. Cette béquille poreuse  pourrait craquer sous le poids de ses sanglots. L’air est lourd et dans l’assistance il y a des airs de consanguinités. Aux premières assises il y a bien évidemment les plus proches, ceux dont la présence se devine. Les places arrières sont éparpillées sous les fessiers des contingents… et puis il n’en est rien, sa peine reste manifeste. Le voila donc, il ressasse dans sa tête, les idées d’hier qui comportaient dans le réel, l’objet de ce festival. Ses yeux chargés de désarroi, ses jambes cherchent une position adéquate comme si elles le gênaient, et lui, sur cette estrade, fredonne des mots mâchés. Encore dans les civilités, ses intentions hospitalières ne sont  toujours pas arrivées à l’oreille de cette assemblée indulgente et patiente. Il baisse ses yeux chargés, non pas pour se prosterner, lui si grand et raisonné ne sait le faire. Il veut juste observer sa copie afin de donner à cette foule ses mots distingués, circonstanciés, ces mots qu’il a choisis au petit matin dans la hâte de son devoir alors qu’il sortait d’une funeste insomnie. Sa vue, brouillée par cette pellicule ophtalmique qui envahit sa rétine, a du mal à décrypter sa copie. On l’entend pousser des soupirs comme s’il avait du mal à maintenir en cadence sa respiration. Il tient dans l’autre main une pochette jetable paradoxalement encore immaculée, oui parce que c’est sa copie qui encaisse ses sanglots. Il tente de repérer les premiers mots posés à l’entame de son manuscrit mais ça fait bientôt une éternité qu’il balaie la première ligne comme les soirs d’insomnie où l’on contemple la première page du livre sans jamais la déchiffrer. Pourtant s’il est là devant, c’est bien pour donner lecture, pour faire sa dictée funèbre. Il se fait attendre comme si cette cérémonie accablait son émoi, comme s’il n’y a de peine que le vicieux destin que cette vie réserve. Il a une peine communicative et dont la contagion éclaire l’atmosphère qui plane. Demain il n’y aura plus de lit conjugal, il se fera son café tout seul et cherchera dans les souvenirs l’odeur œstrogénique de son îlot. Oui parce qu’on n’est jamais préparé, parce que le soudain à toujours raison des déboires que nous porte le drame. Alors ce brave et grand homme changera de statut. Lui qui en était heureux de ces événements du dimanche à Bamako, cet événement qui avait réalisé sa moitié, celle qui le comblait. Elle est maintenant reposante dans cette boîte bientôt ensevelie.

Il a perdu son habilité à lire, une dyslexie soudainement acquise, comme cette nouvelle vie, ce nouveau fardeau. Sa dictée tient sur une page et sur des mots incapables de transmettre les émotions que leur auteur leur a intentées. Il ne lira pas cette lettre infernale, il n’y arrivera pas ! Devant cette assemblée il fait donc ses adieux à sa bien aimée… il sanglote.

Le Passage

Transitoire mouvement de la matière, oscillant ébranlement psychique, passer c’est marquer. Souvent des pas ou peut-être un arrêt. Passer c’est transformer, se métamorphoser. Le temps souvent est l’apaisante locomotive d’un état… de colère, de choc, de fourvoiement. D’un Moi à l’autre. La rivière platonicienne de ce qui s’écoule. Le pas mouvant ou le temps d’arrêt ? Mitigé ! Quoique, il n’en reste pas moins un passage. On s’époumone souvent à retenir le temps qui passe, et quelque fois on pense à y retourner, dans le passé. C’est bien là le passage irréversible. On vogue entre mémoire, rêve, regrets et espérances. Tout est si complexe. La mémoire produit des rêves qui s’opposent à nos regrets et en transitant deviennent des espérances dans le réel. Alors le passage est cette valse des idées, fondatrices de ce qu’on devient. Le passage-parcourt ou un passage-moment. On se forme selon les antécédents et les passages à vide sont ces créateurs de doutes. Alors passer c’est quoi ? Le minimum syndical serait d’admettre que passer c’est se déplacer, mais c’est aussi faire le point, il y a donc pas de passif état, il n’y a que des « black-out », juste ça. La mémoire fautive, elle peut nous pousser à tourner en rond. Par là je veux bien faire comprendre que le passage nécessairement est conscient. Faire le point est donc pour moi le plus grand état de passage. Je piquerai volontier le concept cartésien du doute. Passer c’est remettre en question, s’autoréguler.

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